Vous n’êtes pas seul·es
Newsletter #06
Bonjour à toustes,
On espère que vous allez bien.
Décembre est un mois qui rime, qu’on le veuille ou non, avec célébrations et sociabilité imposée. C’est un mois où les repas festifs et la solitude se côtoient.
Aux personnes qui sont obligées de jouer aux hétéro-cis pendant les réunions de famille, on vous voit. On se sait. Et au passage, cela n’enlève rien à votre queerness. Vous êtes toujours aussi belleaux. Les fêtes de fin d’année peuvent aussi être un moment de cocooning avec des copaines, en famille choisie ou seul·e. De nombreuses associations et bar queers organisent aussi des temps de partage, de dialogue ou tout simplement des soirées. Si vous ne vous retrouvez pas dans ces lieux, vous pouvez aussi vous rapprocher des audacieux·ses qui organisent des apéros pour les seniors LGBTQIA+. Pour les personnes croyantes, vous pouvez aussi vous tourner vers Queer en Christ basé à Paris ou l’Antenne inclusive, à Strasbourg. Iels pourront aussi vous orienter vers d’autres structures en dehors de ces deux villes. C’est aussi ok de vouloir rester tranquille loin de toute cette agitation. Bref sortir des normes de genres c’est aussi se réapproprier des symboles, s’en créer d’autres et ne pas s’imposer ses excès avec des personnes que l’on n'apprécie pas.
Aux allié·es qui nous lisent, décembre est aussi le moment où vous ne devriez pas hésiter à prendre plus souvent des nouvelles de vos ami·es trans et queers. Soyez cette personne qui reprend quand votre ami·e est mégenré·e; qui propose des moments chills, bref, qui peut être là en soutien dans cette période de l’année compliquée. Ne laissons personne croire que sa vie n’est pas importante.
Aussi, pour cette newsletter de fin d’année, on a préparé un article pour vous donner des conseils sur comment être là pour vos proches LGBTQIA+, dans un dîner, un moment festif, etc. On vous le remet en PDF pour que vous puissiez l’imprimer, l’envoyer à votre tante ou le coller sur tous les murs de votre bureau. Bref, le partager partout pour qu’enfin les fêtes de fin d'années soient plus douces et plus inclusives pour toustes.
Comment agir comme allié·e ?
Si on a collectivement acté que les discriminations et les violences ne devraient plus avoir de place dans notre société, il est souvent plus difficile de savoir comment agir. A travers des situations concrètes, Genre’s vous a concocté une série de conseils. L’idée ici n’est pas de se mettre en danger, mais de sortir de sa place de témoin pour prendre celle de l’allié·e.
Reprendre ses ami·es
Ce conseil peut paraître assez basique. C’est pourtant en laissant des propos discriminants exister que les violences perdurent. A un vieil homme qui lance “une blague” à une fille “Va faire la cuisine toi au lieu de jouer”, il est possible de répondre “Je ne comprends pas, qu’est-ce qui est drôle là dedans ? Vraiment explique moi, parce que je voudrais bien rire avec toi mais tout ce que je vois, c’est du machisme.” Dans un groupe de conversation, ne rien laisser passer revient aussi à reprendre quand une personne est mégenrée ou que des propos racistes, grossophobes, validistes, sont tenus. Ce n’est pas à la personne concernée de reprendre, le énième “les filles” dans un groupe où il existe des personnes trans non-binaires ou transmasc. Ce n’est pas à une personne racisée d’expliquer que dire “Non mais pourquoi tu portes le voile? Regarde les Iraniennes qui meurent pour ne pas le porter, tu devrais t’en inspirer.” est raciste. Au passage, les Iranien·nes ne se battent pas pour ne pas porter le voile mais pour avoir le choix de le porter ou non.
Une personne racisée et / ou LGBTQIA+ doit en permanence faire de la pédagogie face aux personnes qui ne sont pas confrontées à ce type de violences. Cela est épuisant. Être allié·e c’est donc dire stop à ce genre de propos discriminatoires sans parler à la place des personnes concernées. C’est aussi réussir à dire à ses ami·es ou à ses proches “là ton comportement n’est pas ok”. En laissant passer ce type de propos, on les normalise.
Dégenrer son langage
La langue française a instauré un genre même aux objets. Cela permettra aux personnes trans de pouvoir souffler un instant, parce qu’iels ne seront pas mégenrées et n’auront pas besoin de s’outer. De fait, réussir à enlever les marqueurs de genre est une gymnastique à prendre. Pour autant, ce n’est pas compliqué. Il est possible de dire “cette personne” plutôt que “cette meuf ou ce mec” quand on ne connaît pas l’identité de genre ; de saluer d’un “bonjour tout le monde” plutôt que “bonjour monsieur ou madame” ; et d’arrêter avec ce “toi tu es en couple ?”
Enfin, on arrive en 2025, il est temps de normaliser l'utilisation du pronom iel. Et si l’on vous répond que c’est trop difficile à dire, vous pouvez ajouter “mais du coup, comment fais tu pour dire miel ou ciel ?”
Écouter
Dans un groupe, on n’est pas toustes à égalité. Certaines personnes vont avoir des facilités à discuter, d’autres vont être plus réservées et ne pas réussir à trouver leur place dans un contexte groupe bruyant. Comme allié·e, il est possible d’observer le groupe et d’aller parler à la personne à l’écart, d’essayer de voir comment rendre ce moment plus agréable pour iel. Il est aussi possible d’interroger la manière dont on occupe l’espace. Est-ce que je parle beaucoup ? Est-ce que je laisse une place aux autres pour s’exprimer ? Est-ce que j’ai tendance à crier ? L’environnement sonore fait beaucoup. Certaines personnes ont du mal à se concentrer sur une conversation quand une personne parle très fort, que la musique est trop présente ou que plusieurs personnes parlent en même temps. N’hésitez pas à baisser le son si vous recevez, ou à demander à vos ami·es de descendre d’une octave.
Ne pas préjuger de l’identité ou des envies d’une personne
Ne pas considérer que l’on est face à une personne cis hétéro qui veut ou peut avoir des enfants. Oui on sait, c’est la base. Dans une position de témoin, cela signifie aussi répondre “Tu sais tatie, Amandine elle a peut être pas envie de porter un enfant, ou elle n’a pas envie d’être en couple.” Si cette tatie est plutôt à l'écoute, vous pouvez essayer de lui expliquer pourquoi cela peut être problématique comme propos. La personne qui se prend cette réflexion peut ne pas vouloir d’enfant, avoir subi un arrêt de grossesse, ou être dans un parcours PMA compliqué. De plus, n’hésitez pas à rappeler que la sexualité et l’hétérosexualité n’ont rien de naturel. Parce que oui, même dans la nature, il existe des animaux gay ou lesbiens.
Respecter les identités de genres
Respecter l’identité de genre d’une personne, et donc ses pronoms peut sauver des vies. Dans un environnement quasi-exclusivement cis, demander les pronoms peut être malvenu. Cela revient à pointer du doigt la personne dont on estime que le genre est flou. Et donc soit la personne va devoir s’outer dans un environnement qui peut ne pas être pas bienveillant, soit cette personne ne va pas oser le dire et donc va s’enfermer dans sa coquille. Dans les deux cas, ce n’est pas l’aider. De plus, la plupart du temps, il suffit d’écouter comme se genre la personne et respecter les accords. On ne préjuge pas du genre d’une personne à son passing.
Attention : dans les prochains paragraphes, il va être question de violences sexuelles.
Demander le consentement
Oui, on sait, c’est basique là encore. Le consentement se pratique partout, dans nos histoires amoureuses, amicales mais aussi dans le quotidien. Cela passe par demander “cela te dérange pas si j’invite Maël à se joindre à la soirée que l’on a prévu demain ?” Mais aussi par ne pas toucher une personne sans avoir obtenir un “oui”. Quand ce n’est pas oui c’est non. Cela vaut pour une main sur la cuisse comme dans les cheveux (qui rappelons-le, font partie du corps). Chaque petit acte où l’on ne normalise pas le respect du consentement d’une personne tend à banaliser les violences. Cela vaut aussi pour un·e enfant qui refuse un bisou pour dire bonjour. L’obliger revient à lui apprendre que son avis ne compte pas et qu’iel doit se soumettre à l’autorité des adultes. Une attitude à bannir, surtout quand on sait qu’un·e enfant sur dix est victime d’inceste.
Identifier les violences et protéger
Qu’on se le dise : Non les agresseur·ses se ne sont pas “les autres”. Dans plus de 95% des cas, les victimes connaissent leur agresseur·se. Si la majorité des agressions sont commises par des hommes, il serait aussi illusoire de penser que nos communautés queers et féministes seraient épargnées par les violences systémiques. Alors que fait-on ? Doit-on couper les ponts avec les personnes violentes ? Doit-on chercher à les éduquer au risque de s’épuiser ? A ces questions complexes, on vous propose comme réponse d’inverser la focale. A-t-on vraiment envie d’être ami·e avec une personne qui n’est pas capable de respecter le consentement ? A-t-on vraiment envie de continuer à faire venir cet·te ami·e qui a un peu “la main baladeuse” en soirée ? A-t-on envie de se dire que si l’on laisse seul· cette copaine, iel risque d’être “lourd” avec les invité·es ? Au passage, ces deux expressions minimisent les agressions sexuelles. Pour pouvoir les stopper, il est nécessaire aussi de savoir les repérer. Un baiser forcé, c’est une agression sexuelle. Obliger une personne à faire une fellation, c’est un viol.
Une fois que l’on sait repérer les violences, on ne peut que vous conseiller d’avertir et de se protéger. Quand cela est possible, éloigner la personne violente permet d’éviter de nouvelles agressions. Ce n’est pas à la·e victime de s’éloigner de son cercle d’ami·es ou familial après des violences.
“Tu as bien fait de m’en parler”
Conserver une relation amicale avec une personne que l’on sait coupable de violences sexuelles, s’est aussi envoyer le signal que la parole de la victime n’est pas si importante que cela. De fait, quand une victime arrive à mettre des mots sur des violences qu’iel a subi, n’hésitez pas à l’accompagner dans sa prise de parole. “Tu as bien fait de m’en parler, c’est pas du tout ok ce qu’il s’est passé. Que veux tu que l’on fasse ?” Au même titre que l’on ne force pas une victime à parler avant qu’iel ne se sente prête, on ne force pas une victime à porter plainte. Respecter la temporalité de la victime est essentiel. Ce n’est pas non plus le moment de parler de vos histoires traumatiques, sauf si la personne vous le demande. Apprendre à écouter, c’est apprendre à se taire.
Vers qui se tourner ?
Le planning familial pourra vous accompagner pour un avortement ou une prise en charge de la santé sexuelle. En cas de viol ou de violence physiques, il est aussi possible de se tourner rapidement vers une pharmacie ou un service d’urgences pour demander la pilule du lendemain et un traitement préventif pour le VIH.
Vous pouvez aussi vous tourner vers Violences en milieu queer, pour discuter des violences conjugales au sein des couples lesbiens, gays, bis et/ou trans ; et questionner le tchat de l’association En avant toutes qui s’appelle “comment on s’aime”.
Questionner son comportement
Au même titre que les violences sexistes et sexuelles n'épargnent pas nos communautés, nous ne sommes pas exempt de tout biais (racistes, sexistes, transphobes, lesbophobes, biphobes, etc.) A nous de nous interroger sur la manière dont on se comporte avec nos adelphes. Ai-je bien respecté son consentement ? Est-ce que cette personne se genre bien au féminin ? Enfin, est-ce que mes propos pourraient être discriminants pour une personne queer et / ou racisée ? De très nombreuses ressources existent. A nous de cheminer ensemble pour que demain nous puissions collectivement vivre plus sereinement.
👑 Queers du Mois 👑
Avent Queer Calendar
Pour découvrir (ou redécouvrir) des personnalités queers à suivre, on vous invite ce mois-ci sur notre compte Insta. Pendant les 24 jours avant Noël, Genre’s fait un calendrier complètement subjectif des personnalités queers qu’on aime beaucoup. Vous pouvez les retrouver en story chaque jour, mais aussi en épinglé si vous en avez loupé. Et on vous prépare un post récap promis.
🗓️ Agenda 🗓️
21 décembre 2024 - Paris
Mon beau Patin, Soirée roller disco de Noël…
Sortez vos plus belles paillettes et venez rouler avec nous ! C’est organisé par Patin collectif, à Césure, Paris, de 19h à 23h. L’entrée est à prix libre, et les bénéfices iront à l'association UNWRA, en soutien à la Palestine.
26 - 27 - 28 décembre 2024 - Nantes
Garçon, seul en scène de Samuel Certenais.
Sam voulait plaire à son père. Alors il a fait du foot, même s’il rêvait d'être une princesse. Adolescent, entre moqueries dans la cour de récré et problèmes de santé, il finit par être celui qui explique où se situe le clitoris à ses potes du lycée. Un spectacle drôle, touchant et intelligent. A Nantes du 26 au 28 décembre, et à Paris à partir de janvier 202527 - 28 - 29 décembre 2024 - Paris
Norma, le spectacle immersif de Big Drama.
La Reine des orphelins est de retour pour 3 dates exceptionnelles à Paris. Une comédie musicale noire, tendre et grinçante. Vous êtes invité·e à la cérémonie d’enterrement de Norma, mais la tension est palpable… Et si vous étiez au centre du plus grand coup monté de l’histoire ?
⭐ Recommandations ⭐
✨ Pour Soi ✨
Genderflou, Tamos le Thermos
Dans ce roman graphique, Tamos le Thermos explique ce qu’est de vivre dans une société binaire quand on ne l’est pas. Iel raconte son coming-in, puis son coming-out avec beaucoup d’humour, de délicatesse et de douceur. Un livre parfait pour soi, mais qui peut aussi s’offrir à des allié·es ou à la famille pour faire un coming-out non-binaire. Editions Exemplaire, 19 euros.
Paris is Burning, documentaire de Jennie Livingston
C’est un objet culte de histoire du Drag, filmé dans les années 80. Ce documentaire s'intéresse à la ball culture et aux origines du voguing. En mêlant interview et images d’archives, il montre les paillettes autant que les difficultés - racisme, queerphobie, pauvreté - auxquelles les participant·es sont confronté·es en dehors de ces espaces safes. C’est gratuit, à retrouver sur Youtube.
👶 Pour les enfants (et un peu pour soi aussi) 👶
La nuit des lumières sauvages, d’Anna Griot et Eline Kédanier
A Genre’s, on ne vous avait pas encore parlé de la maison d’édition indépendante “On ne compte pas pour du beurre”. Dans leurs ouvrages, les personnages sont gay, lesbiennes, trans. Les familles sont multiples, queers et joyeuses. Pourtant, ce n’est jamais le sujet du livre. Dans leur dernier ouvrage, La Nuit des lumières sauvages met en avant un enfant non binaire, qui n’est jamais genré du début à la fin du livre. Un conte fantastique et initiatique où l'Enfant va découvrir la confiance en soi. Un livre à offrir à toustes les enfants qui peinent à affronter leurs peurs. Editions On ne compte pas pour du beurre, 15 euros.
Monsieur le Lapin blanc, de Benjamin Lacombe
Si le titre est très genré, l’auteur nous a précisé qu’il avait mis en avant un personnage “en dehors de toutes les normes”. On ne peut que vous conseiller cette petite pépite de douceur, où les personnages de Benjamin Lacombe rivalisent de queerness. Oui, on a mis que c’était pour les enfants, mais en vrai, il est déjà dans nos bibliothèques. Editions L’école des loisirs, 19,90 euros.
🎁 Pour les futur·es allié·es 🎁
Bethléem, 90 recettes familiales et traditionnelles de Palestine, de Fadi Kattan
Depuis plus d’un an maintenant, Gaza vit sous les bombes. Dans ses bombardements se sont des vies qui sont détruites, des villages qui sont rasés et des familles qui pleurent leurs mort·es. Dans cet ouvrage aussi beau que militant, Fadi Kattan raconte les recettes de Palestine à travers les visages de celles et ceux qui la font. En première page, la maison d'édition rappelle que les lieux comme les personnes n’existent peut-être plus. Mais que cette culture palestinienne restera gravée dans ses pages comme ailleurs. Un livre à offrir à cette personne de votre famille qui répète qu’il n’y a rien à Gaza. Editions Solar, 34,90 euros.
Le paradis des autres, Salem
Dans cette petite BD, l’auteur revient sur son combat contre la lutte anti-raciste, à travers des expériences personnelles et des interviews, il dresse un portrait imagé du quotidien des personnes racisées en France. A offrir à cette personne qui parle de racisme anti-blanc. Editions Exemplaire, 18 euros.
Mérou, le spectacle de Lou Trotignon
Parce que oui, on peut rire de tout dès lors qu’il ne s'agit pas d’oppresser une communauté, on vous conseille de foncer voir le spectacle de Lou Trotignon. Les places sont en vente pour des dates à partir de janvier. Un cadeau idéal pour cette personne qui dit “on ne peut plus rien dire”. Avec humour, tendresse et pédagogie, Lou vous entraînera dans le quotidien d’une personne trans non-binaire. A Paris, à partir de 10,95 euros.
Merci de nous avoir lu·es et à bientôt ! ✊











